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Submersion marine : le Département protège et défend son littoral

publié le 13.06.2017
Avec le marnage le plus important d'Europe, la baie du Mont Saint-Michel et le secteur de Saint-Malo sont tout particulièrement concernés par la submersion marine. © Bruno Saussier

Protéger les habitants de la baie du Mont Saint-Michel tout en permettant aux 22 communes sujettes au Plan de prévention du risque de submersion marine de poursuivre leur développement : depuis 2011, le Département est mobilisé pour concilier tous les acteurs, des petites communes jusqu’aux services de l’Etat.

Le sujet est sensible. Pas question de revivre en Ille-et-Vilaine ce qui s'est passé en Vendée et en Charente-Maritime lors de la tempête Xynthia, en février 2010. Alors, oui, une bonne partie du pays des marais, au nord du département, est très concernée par la question de la submersion marine car elle se trouve sous le niveau de la mer, protégée par la seule digue de la Duchesse Anne. Oui encore, ce même territoire est également classé zone inondable en raison de la faible déclivité de ses sols qui peine à chasser l'eau douce en période de fortes pluies. Mais vient un moment où un principe de précaution trop rigide peut enterrer le secteur qu'il est censé sauver. Explications.
 

Le PPRSM, c'est quoi ?

Avant tout préventif, le Plan de protection des risques de submersion marine (PPRSM) a pour but de protéger les biens et les personnes dans des zones exposées à des risques naturels majeurs. Pour cela, il délimite les zones vulnérables et limite ou interdit toute nouvelle construction en fonction de la nature et de l'intensité du risque encouru. Enfin, il définit les mesures de prévention, de protection et de sauvegarde devant être mises en œuvre. En 2014, la carte présentée par les services de l'État classait en zone rouge, donc inconstructible, la quasi totalité du pays des marais au nord de la RN176. 

Plat comme la main, le pays des marais et des polders n'offre que peu de protection contre la submersion et les inondations.

Pourquoi un classement en zone rouge est-il une menace pour les communes concernées ?

Ce classement en zone rouge a figé, dès 2011, quasiment toutes les constructions dans 22 communes. Un véritable coup d'arrêt pour leur développement : faute des nouveaux arrivants qu'elles attiraient grâce aux programmes immobiliers, ces communes ont vu leurs populations vieillir.  À Cherrueix, où une dizaine de constructions voyaient le jour chaque année en moyenne, seuls cinq permis de construire ont été délivrés dans les six dernières années. Et à Saint-Benoit des Ondes, dont l'école comptait sept classes au début des années 2000, le maire croise les doigts pour conserver ses quatre classes actuelles.
Face au gel annoncé de tout développement sur le territoire de la baie, le Département s’est rapidement mobilisé au titre de la solidarité territoriale. Deux Présidents se sont passés le relais sur ce sujet.
 

Comment concilier protection et développement ?

Pour débloquer la situation et trouver un terrain d’entente avec les élus locaux, la ministre de l'Écologie Ségolène Royal s’est rendue en baie du mont Saint-Michel le 4 décembre 2014. Face à l'incompréhension des acteurs du territoire de voir appliqué au pied de la lettre le principe de précaution et la non prise en compte  des spécificités de la baie lors de l’élaboration du dossier la ministre a décidé de reporter l’enquête publique et d’engager au plus vite les investigations supplémentaires demandées par les élus (impact de la dynamique sédimentaire, etc..). Jean-Louis Tourenne, alors Président du Département, s’engage à porter une étude pour évaluer le rôle des bancs coquilliers dans la dissipation de l'énergie de la houle. Ségolène Royal accepte cette proposition et lance une mission d'expertise ministérielle composée d’experts nationaux et locaux. Les services du Département d'Ille-et-Vilaine y sont associés.
Un gros travail d'étude est mené à l'aide de capteurs de pression lors des grandes marées de février 2015. Il faut faire vite : le Département dispose d’à peine deux mois demi pour réaliser son étude. « C'était assez incroyable, se souvient Thierry Robin, chargé de mission de l'agence départementale du pays de Saint-Malo. Il n'existe qu'une seule entreprise en France qui fabrique des capteurs de pression. Ils en vendaient un par an, n'avaient pas de stocks et on leur a demandé d'en fabriquer 24, à livrer le plus vite possible ! »
En novembre 2015, une nouvelle carte intégrant les résultats complémentaires, voit le jour. Beaucoup plus nuancée, elle laisse apparaître des zones bleues, constructibles si l'aléa n'est pas trop fort, et blanches, sans contraintes.  

L'agence départementale du Pays de Saint-Malo a joué les facilitateurs pour que les conventions puissent voir le jour. Thierry Robin et Christine Allain-André travaillent sur le sujet depuis cinq ans.

Pourquoi la digue de la Duchesse Anne doit-elle être rehaussée et confortée ?

Le comité d'expert, s'il a bien tenu compte du rôle des bancs coquilliers de la baie pour dissiper l'énergie de la houle, a convenu dans sa synthèse des travaux qu'il n'avait « aucun doute sur le fait qu’en l’état actuel de la topographie de la cote de la digue de la duchesse Anne, un événement centennal dépasserait celle-ci dans plusieurs secteurs. » D'où sa préconisation d'un rehaussement et d’un confortement de la digue (élargissement sur certains secteurs ou une reprise à la base). Rappelons que l'événement centennal a, par définition, une probabilité de se produire de 1 sur 100 chaque année.
 

L'immense étendue de sable et de tangue qui fait la singularité de la baie explique aussi pourquoi le secteur est considéré comme sensible.

Quel portage de l’opération et combien ça coûte ?

Pour mener à bien l’opération (études et  travaux), deux conventions de partenariat ont été signées en mars 2017 entre l'État, le Département, Saint-Malo agglomération, la communauté de communes du pays de Dol et de la baie du Mont Saint-Michel, et l'association syndicale des Digues et marais de Dol.
La première est une convention-cadre en faveur du territoire du marais de Dol qui précise le rôle de chaque structure dans la mise en œuvre des solutions pour réduire les risques de submersion.
La seconde convention établit un partenariat financier entre le département et Saint-Malo agglomération, qui assure le rôle de maître d'ouvrage, pour régler les modalités de participation financière. Pour le territoire du Marais de Dol, l'enveloppe globale est de 14 millions d'euros HT (2 millions d'euros pour les études et 12 millions d'euros pour les travaux de confortement). La participation financière du Département est de 2,75 millions soit 19.6% du montant total.
Concernant le territoire de Saint-Malo, concerné également par le risque de submersion sur une partie de la Ville, le Département s'engage à financer  6,9% des 4,3 millions d'euros budgétés.
Le lancement des travaux sur la digue de la Duchesse Anne sont attendus pour la fin 2018. Les maires des 22 communes espèrent bien que l'État reverra sa copie après achèvement de l’opération pour continuer à se développer.
 
 

Le Département, chef de file de la solidarité territoriale et facilitateur

Les petites communes n'ayant ni les moyens financiers ni les moyens techniques pour mener seules des études de cette ampleur, le Département a réaffirmé sa volonté de les accompagner au titre de la solidarité territoriale. « La protection des biens et des personnes, ainsi que le développement harmonieux du territoire du marais de Dol, sont des priorités pour le Département » rappelle le Président Jean-Luc Chenut qui a souhaité que le Département soit « facilitateur » pour faire aboutir une gouvernance adaptée sur la conduite des études et des travaux. Il a confié cette mission à l'agence départementale du pays de Saint-Malo.
Un an à peine après la commande du Président, les collectivités et les services de l’État ont abouti, s’accordant sur le choix d’un maître d'ouvrage, le périmètre géographique et le montage financier. Prévus pour la fin 2018, les travaux s'étaleront sur plusieurs années.